Étiquette : Raymond Depardon

[Parution] Terrains vagues

Mes collègues de l’université de Cologne ont ces dernières années consacré leurs recherches à la notion de terrain vague (vous pouvez retrouver certaines références sur leur excellent blog). Ils ont réuni dans un livre les contributions d’auteurs d’origines disciplinaires variées qui, chacun à leur manière, commentent une œuvre littéraire, cinématographique ou photographique. Vous y retrouverez ma contribution, un chapitre consacré à Raymond Depardon.

Consultez le sommaire du livre ICI

 

J’étais oublié de tous

C’était le début de l’hiver. Souvent, je restais des jours entiers sans adresser la parole à personne. Je n’avais d’ailleurs envie de voir personne. Je me réfugiais dans les rues. J’étais mal équipé et le froid me pénétrait partout. Certains jours je rentrais dans les galeries où je passais les journées à regarder les livres. D’autres jours je marchais, je me sentais bien. Cela me permettait de réfléchir, de penser à des projets, de rêver tout haut, de faire passer des angoisses. Paris était loin. J’étais oublié de tous. Je n’avais aucun ordre du jour. Je me laissais aller à l’envie du moment

Raymond Depardon, Errance, Seuil, p 146

L’idée de l’errance

L’idée forte de l’errance, c’est qu’on ne prend rien à personne. On ne s’accapare pas un lieu. L’errant est quelqu’un qui passe, il ne s’approprie pas, il ne vole pas. Dans l’errance, il y a quelque chose contre la trahison, ce n’est pas un regard dominant, ni un regard observant ou participant ; c’est un regard complètement autre […] L’errant est quelqu’un qui partage, qui vient d’ailleurs, qui ne reste pas longtemps, et qui ne tient pas à coloniser. C’est l’anticolonisateur

Raymond Depardon, Errance, Seuil, p 136