Étiquette : Pierre Sansot

L’agir

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Ce qui est nouveau, c’est que l’agir (qui dépasse les frontières du travail) apparait aujourd’hui comme une valeur supérieure, comme si, faute d’agir, un individu s’exténuait et disparaissait. De ce fait, les rêveurs, ceux qui contemplent ou qui prient, qui aiment silencieusement ou qui se contentent du plaisir d’exister, dérangent et sont stigmatisés. Les penseurs, les idéologues reconnus ont opéré un glissement considérable
Pierre Sansot, Du bon usage de la lenteur, Payot, 2000, pp 19-20

Les « êtres-lieux »

Il a été montré que dans la représentation du paysage, la vue n’est pas la seule en cause. Les sons, les parfums, le « climat » concourent à forger une image complète, dans laquelle chacun de ces paramètres interfère de façon indissociable. Il est cependant des lieux qui doivent leur « qualité » davantage à des êtres, des visages, des uniformes, des attitudes. Ces êtres-lieux (nous empruntons ce concept à Pierre Sansot, qui parle des êtres-paysages) sont plus qu’une composante parmi les autres, ce sont les figures marquantes par lesquelles un lieu trouve son identité. Lorsque ces êtres disparaissent, ou lorsqu’ils changent, les mesures de conservation les plus strictes ne retiendront pas l’écoulement du temps. Ainsi, de même que les gares du début du siècle ont disparu avec des figures des Porteurs, des Contrôleurs, des Voyageurs de leur époque, de nombreux lieux de notre quotidien changent sous nos yeux, jour après jour. Sans vouloir porter de jugements de valeurs, il est utile de se rendre compte que le changement d’image subi par les lieux ne tient souvent pas à l’architecture, à l’action concrète que nous pourrions avoir sur les formes de l’espace, mais aux hommes qui y travaillent, qui s’y déplacent, qui les habitent, qui leur donnent leur véritable visage
Antoine Bailly et Renato Scariatti, Voyage en géographie, Anthropos, 1999, p 65