Archives du mot-clé Limousin

Saint-Bonnet-de-Bellac

« Où j’habite ? Pas ici, pas dans cette époque qui se veut à tout prix moderne. Ce mot m’ennuie, m’insupporte, tous ces gens qui ne songent qu’à s’habiller aux couleurs du présent. L’aujourd’hui ne m’intéresse que lorsqu’il se démode, devient hier, autrefois, naguère »

Michel Chaillou, Eloge du démodé, Éditions de la différence, 2012, pp 16-17

Sources

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Il y a des sources élevées au rang de « hauts-lieux », mentionnées depuis des kilomètres sur des panneaux normalisés. Et puis d’autres plus modestes, anecdotiques, dont l’accès prend l’allure d’un parcours d’orientation pour initié. On cherche en vain une indication, on finit parfois par débusquer un panneau de bois perdu dans un bas côté.

Lépinas

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Le cours d’eau disparaît dans les fonds de prairies, se devine à la présence d’une rangée de saules, s’enfile dans des buses de ciment perçant quelques talus routiers, sommeille dans des bosquets en friche. Des iris s’épanouissent dans le lit silencieux couleur ocre rouge. La Gartempe part déjà actionner sa première roue (le moulin de Coutant) avant d’échapper au regard. Elle se dissout dans le paysage sévère dominé par les coupes forestières du bois du Thouraud.

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« […] toujours, je m’échappe, perdu sur des routes dépassées, égaré dans les fondrières du souvenir. Il faut qu’on m’appelle pour que je revienne, retourne. Et encore un familier, quelqu’un du cœur, sinon je reste sourd, évanoui dans mes idées, cherchant à discerner mon être dans d’anciennes scènes, dans du vécu usé jusqu’à la corde. Mais ne sommes-nous pas contraints de nous démoder sans cesse pour simplement exister ? »

Michel Chaillou, Éloge du démodé, Éditions de la différence, 2012, p 25
Pierre Bergounioux

« On a buté sur des pentes, cherché le passage dans des encaissements, franchi des ponts sur l’eau coureuse, passé dans l’ombre, croisé des hêtres, deviné, de quelques crête, avant de retomber, l’épais sourcil des sapins sur l’horizon. Puis la route sinueuse, penchée, s’est redressée. C’est la même heure et la même saison. Et pourtant, les dispositions riantes nées, l’instant d’avant, des blanches esplanades, des verges ployants, des moissons, ont pris un caractère inconvenant. Tout dément l’heure gaie à laquelle on s’abandonnait »

Pierre Bergounioux, Un peu de bleu dans le paysage, Verdier, 2001, pp 67-68
Monts de Blond

« Là où le chemin creux s’enfonce dans le sous-bois, le monde se réenchante. D’où le tropisme des lisières chez tous nos chercheurs d’or. Le « rôdeur des confins », l’arpenteur des marches, l’ami du chien-et-loup (« ce qui n’est déjà plus dans l’ombre et pas encore la proie », disait Breton) ne peut qu’avoir des antennes avec le merveilleux. Le familier des bordures l’est aussi du Graal et des champs magnétiques. Borderline et nez au vent, les surréalistes ont ouvert les fenêtres de la maison Descartes »

Régis Debray, Éloge des frontières, Folio, 2013, p 60
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« Se promener dans un parc ou en forêt, trouver un endroit calme et m’allonger sur le dos quand je suis fatigué : voilà les grands plaisirs que je m’accorde. Regarder les arbres qui se dressent au-dessus de moi et me détendre. Au Japon, on a donné en 1982 un nom à cette pratique : shinrin-yoku. C’est-à-dire « bain de bois ». C’est une thérapie, aussi nommée sylvothérapie, pour se relaxer. Nos cinq sens peuvent être satisfaits : le son des oiseaux, l’odeur de l’air pur, la vue des feuilles vertes, la proximité physique avec les arbres, les plantes, la mousse et l’herbe, le goût des baies et des champignons »

Erling Kagge, Pas à pas, Flammarion 2018, pp 48-49, p 122

Létrade, commune de Mérinchal

« Comme on perd un objet, se perdre, c’est être privé de son propre, s’absenter, non pas des autres qui vous entourent, mais de soi. Ne plus être présent à soi-même. Et perdre son chemin, être dévoyé, c’est se perdre en chemin, errer donc, s’égarer, sentir ses propres repères spatio-temporels disparaître. Perte des sens, perte du sens. L’étendue, le sol, traces et signes soudain font défaut mais quand, de surcroît, le ciel s’en mêle, brouillant la vue, avec la neige et le brouillard… »

Martin de la Soudière, Poétique du village, Stock, 2010, p 85-86