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« Une attraction sans violence, mais difficilement résistible, me ramène d’année en année, encore et encore, vers les hautes surfaces nues – basaltes ou calcaires – du centre et du Sud du massif : l’Aubrac, le Cézallier, les planèzes, les Causses. Tout ce qui subsiste d’intégralement exotique dans le paysage français me semble toujours cantonner là : c’est comme un morceau de continent chauve et brusquement exondé qui ferait surface au-dessus des sempiternelles campagnes bocagères qui sont la banalité de notre terroir. Tonsures sacramentelles, austères, dans notre chevelu arborescent si continu, images d’un dépouillement presque spiritualisé du paysage, qui mêle indissolublement, à l’usage du promeneur, sentiment d’altitude et sentiment d’élévation »

Julien Gracq, Carnets du grand chemin (1957), José Corti, 1992, p98

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« Y a-t-il un motif unique dans la quête qui m’aiguillonne au long de telles routes ? Quelquefois il m’a semblé que j’y poursuivais le règne enfin établi d’un élément pur – l’arbre, la prairie, le plateau nu à perte de vue – afin de m’y intégrer et de m’y dissoudre « comme une pierre dans le ciel », pour reprendre un mot d’Eluard qui m’a toujours laissé troublé »

Julien Gracq, Carnets de grands chemins, José Corti, p 69