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« Je m’y suis vu parfois, habitant une cabane à l’orée d’un bois, vivant comme un ermite, de cueillette ou de jardinage. J’ai connu là-bas de tels personnages, reclus, n’échangeant avec personne. Ils forçaient en moi une sorte d’admiration. M’auraient manqué les livres, les rencontres, les voyages au long cours d’où l’on revient transformé »

Joël Vernet, Au bord du monde, Ed. du Laquet, 2001, pp 100-101

Une recherche de l’endotique

« Peut-être s’agit-il de fonder enfin notre propre anthropologie : celle qui parlera de nous, qui ira chercher en nous ce que nous avons si longtemps pillé chez les autres. Non plus l’exotique, mais l’endotique »
Georges Pérec, L’infra-ordinaire, Seuil, 1989, p 11-12
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Ses rives ont fini par susciter en moi une forme d’addiction ; une addiction à la douceur de l’ordinaire. Loin des tapages du temps, coule une rivière aux milles nuances, à l’abri du soleil brûlant et des lumières violentes, à l’abri des « évènements » dont on voudrait nous faire croire qu’ils sont nos vies. Mais que se passe-t-il là où il ne se passe rien, dans ces territoires de confins, entre Limousin, Berry et Poitou, dans ces campagnes « ordinaires », dans ces marches, ces pays de seuils et de rebords que les experts ont qualifié de « marges » ?

Fréquenter la Gartempe, longer ses rebords (dévier des routes tracées pour nous), c’est réaliser au fil des heures et des allers-retours combien rien n’est vide ou ordinaire, combien l’exotisme est une affaire de disposition de l’esprit et du regard, combien la douceur et la poésie se lovent quelque part dans ce quotidien que nous ne voyons plus. Des arbres, des sous-bois, des jardins, des cabanons et des ponts, des villages endormis, des habitants discrets. A l’exotisme des lointains, je propose, dans le sillage de Georges Pérec, de contribuer à une recherche de l‘endotique.

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« La Gartempe a ses châteaux forts sur haut piédestal, ses sites paisibles d’abbayes, ses souvenirs d’antan, ses décombres. Partie 250 mètres plus bas que Taurion, Vienne, Creuse, Vézère, et courant des collines plutôt que des montagnes, son eau fraîche glisse avec moins d’efforts dans des gorges moins torturées. Suivant l’heureuse expression de George Sand, c’est une de ces rivières qui « filent vite en tourbillonnant un peu et sans menacer personne »

Onésime Reclus, Les limousins à vol d’oiseau (1906), Le Festin, Bordeaux, 2018, p 52

Saint-Bonnet-de-Bellac

« Où j’habite ? Pas ici, pas dans cette époque qui se veut à tout prix moderne. Ce mot m’ennuie, m’insupporte, tous ces gens qui ne songent qu’à s’habiller aux couleurs du présent. L’aujourd’hui ne m’intéresse que lorsqu’il se démode, devient hier, autrefois, naguère »

Michel Chaillou, Eloge du démodé, Éditions de la différence, 2012, pp 16-17
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« Se promener dans un parc ou en forêt, trouver un endroit calme et m’allonger sur le dos quand je suis fatigué : voilà les grands plaisirs que je m’accorde. Regarder les arbres qui se dressent au-dessus de moi et me détendre. Au Japon, on a donné en 1982 un nom à cette pratique : shinrin-yoku. C’est-à-dire « bain de bois ». C’est une thérapie, aussi nommée sylvothérapie, pour se relaxer. Nos cinq sens peuvent être satisfaits : le son des oiseaux, l’odeur de l’air pur, la vue des feuilles vertes, la proximité physique avec les arbres, les plantes, la mousse et l’herbe, le goût des baies et des champignons »

Erling Kagge, Pas à pas, Flammarion 2018, pp 48-49, p 122