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« Une attraction sans violence, mais difficilement résistible, me ramène d’année en année, encore et encore, vers les hautes surfaces nues – basaltes ou calcaires – du centre et du Sud du massif : l’Aubrac, le Cézallier, les planèzes, les Causses. Tout ce qui subsiste d’intégralement exotique dans le paysage français me semble toujours cantonner là : c’est comme un morceau de continent chauve et brusquement exondé qui ferait surface au-dessus des sempiternelles campagnes bocagères qui sont la banalité de notre terroir. Tonsures sacramentelles, austères, dans notre chevelu arborescent si continu, images d’un dépouillement presque spiritualisé du paysage, qui mêle indissolublement, à l’usage du promeneur, sentiment d’altitude et sentiment d’élévation »

Julien Gracq, Carnets du grand chemin (1957), José Corti, 1992, p 98

Spectacle de l’aube

Gorges du Chavanon, février 2005 – Atmosphère silencieuse à bord de l’autorail. Les grandes vitres se transforment en écran de cinéma. Il n’y a plus qu’à se laisser bercer par le spectacle de l’aube. Je regarde inlassablement, aimanté, la lente séquence qui se joue sous mes yeux, pour moi seul. Je partage l’intimité de la rivière qui prend parfois des allures de rapide. Je navigue quelque part entre l’Amazonie et les Rocheuses. Le paysage me glisse dans un état de rêverie d’où il devient difficile, pénible, de s’extraire. Les grandes villes sont soudain si lointaines ; j’ai quitté ce monde et je sais qu’il me sera difficile de reprendre pied dans la plaine.

Premier train

Gorges du Chavanon, février 2005Premier train du matin. Le convoi glisse comme par magie sur la plateforme effacée. Les barrières de passage au niveau s’abaissent sur des chemins d’où rien ne semble pouvoir venir. Les hommes du chemin de fer dégagent les premiers aiguillages en gare de Laqueuille. C’est un monde à demi-réel, fugace et fragile. Les rêves s’arrêtent toujours trop vite. Les ronces et pousses de sapins ont depuis remplacé l’image du paradis blanc.

« Ce qui est nouveau, c’est que l’agir (qui dépasse les frontières du travail) apparait aujourd’hui comme une valeur supérieure, comme si, faute d’agir, un individu s’exténuait et disparaissait. De ce fait, les rêveurs, ceux qui contemplent ou qui prient, qui aiment silencieusement ou qui se contentent du plaisir d’exister, dérangent et sont stigmatisés. Les penseurs, les idéologues reconnus ont opéré un glissement considérable »

Pierre Sansot, Du bon usage de la lenteur, Payot, 2000, pp 19-20