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Spectacle de l’aube

Gorges du Chavanon, février 2005 – Atmosphère silencieuse à bord de l’autorail. Les grandes vitres se transforment en écran de cinéma. Il n’y a plus qu’à se laisser bercer par le spectacle de l’aube. Je regarde inlassablement, aimanté, la lente séquence qui se joue sous mes yeux, pour moi seul. Je partage l’intimité de la rivière qui prend parfois des allures de rapide. Je navigue quelque part entre l’Amazonie et les Rocheuses. Le paysage me glisse dans un état de rêverie d’où il devient difficile, pénible, de s’extraire. Les grandes villes sont soudain si lointaines ; j’ai quitté ce monde et je sais qu’il me sera difficile de reprendre pied dans la plaine.

Premier train

Gorges du Chavanon, février 2005Premier train du matin. Le convoi glisse comme par magie sur la plateforme effacée. Les barrières de passage au niveau s’abaissent sur des chemins d’où rien ne semble pouvoir venir. Les hommes du chemin de fer dégagent les premiers aiguillages en gare de Laqueuille. C’est un monde à demi-réel, fugace et fragile. Les rêves s’arrêtent toujours trop vite. Les ronces et pousses de sapins ont depuis remplacé l’image du paradis blanc.

« Ce qui est nouveau, c’est que l’agir (qui dépasse les frontières du travail) apparait aujourd’hui comme une valeur supérieure, comme si, faute d’agir, un individu s’exténuait et disparaissait. De ce fait, les rêveurs, ceux qui contemplent ou qui prient, qui aiment silencieusement ou qui se contentent du plaisir d’exister, dérangent et sont stigmatisés. Les penseurs, les idéologues reconnus ont opéré un glissement considérable »

Pierre Sansot, Du bon usage de la lenteur, Payot, 2000, pp 19-20

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« La géographie est au sens premier du terme une écriture de la terre, on ne saurait mieux dire […] Il s’agirait de restituer un monde, de le donner à voir, mais aussi à entendre, écouter, deviner, humer, flairer, sentir, goûter, toucher, embrasser, à pleins bras, de toute sa peau, page à page, pas à pas, comme on marche, et ma place serait là, enfoncée dans le pays et dans la rumination lente du verbe »

Marie-Hélène Lafon, Traversée, Créaphis, 2013, p 35