Archives du mot-clé David le Breton

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« Ils consomment de la route, s’injectent indéfiniment de l’espace. L’identité en lien à leur histoire leur est insupportable, l’indifférence de la rue induit paradoxalement un sentiment de moindre vulnérabilité […] l’errance est une manière de mettre à distance un for intérieur trop douloureux. Surinvestir l’espace conjure la difficulté d’habiter ses propres pensées […] »

David Le Breton, Disparaître de soi, une tentation contemporaine, Métailié, 2015, p 87

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« Le temps qui passe ne retient rien, absence pure, délivrance de l’effort d’être soi. L’individu abolit la durée, certes de manière provisoire, mais il est hors de son histoire personnelle, et le monde autour de lui cesse de lui demander des comptes, il arrête le temps en lui tournant le dos et fige ainsi les évènements, il n’est plus atteint par eux. Il n’est plus en position de spectateur, il les ignore »

David La Breton, Disparaître de soi, une tentation contemporaine, Métailié, 2015, p 134

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« La blancheur est un engourdissement, un laisser tomber né de la difficulté à transformer les choses. Dans cet univers de maîtrise qui s’impose dans l’ambiance de nos sociétés néolibérales, elle est une paradoxale volonté d’impuissance. Cesser de vouloir contrôler son existence et se laisser couler. Elle est une recherche délibérée de la pénurie dans le contexte social de la profusion des objets ; une passion de l’absence dans un univers marqué par une quête effrénée de sensations et d’apparence ; un souci de dépouillement là où l’ambiance sociale est hantée par l’emprise des technologies et l’accumulation des biens ; une volonté d’effacement face à l’obligation de s’individualiser. Paradoxale préférence du moins au détriment du plus. A l’hypervigilance requise pour continuer à exercer son autonomie, il adopte a minima le degré de la conscience. Il ne souhaite plus communiquer ni échanger, ni se projeter dans le temps, ni même participer au présent, il est sans désir, il n’a rien à dire. Il préfère voir le monde d’une autre rive »

David La Breton, Disparaître de soi, une tentation contemporaine, Métailié, 2015, p 19