Archives pour la catégorie TRAVERSES

Un film permanent… quelque part entre Limoges et Clermont-Ferrand

Spectacle de l’aube

Gorges du Chavanon, février 2005 – Atmosphère silencieuse à bord de l’autorail. Les grandes vitres se transforment en écran de cinéma. Il n’y a plus qu’à se laisser bercer par le spectacle de l’aube. Je regarde inlassablement, aimanté, la lente séquence qui se joue sous mes yeux, pour moi seul. Je partage l’intimité de la rivière qui prend parfois des allures de rapide. Je navigue quelque part entre l’Amazonie et les Rocheuses. Le paysage me glisse dans un état de rêverie d’où il devient difficile, pénible, de s’extraire. Les grandes villes sont soudain si lointaines ; j’ai quitté ce monde et je sais qu’il me sera difficile de reprendre pied dans la plaine.

Premier train

Gorges du Chavanon, février 2005Premier train du matin. Le convoi glisse comme par magie sur la plateforme effacée. Les barrières de passage au niveau s’abaissent sur des chemins d’où rien ne semble pouvoir venir. Les hommes du chemin de fer dégagent les premiers aiguillages en gare de Laqueuille. C’est un monde à demi-réel, fugace et fragile. Les rêves s’arrêtent toujours trop vite. Les ronces et pousses de sapins ont depuis remplacé l’image du paradis blanc.

IMG_8912

« […] toujours, je m’échappe, perdu sur des routes dépassées, égaré dans les fondrières du souvenir. Il faut qu’on m’appelle pour que je revienne, retourne. Et encore un familier, quelqu’un du cœur, sinon je reste sourd, évanoui dans mes idées, cherchant à discerner mon être dans d’anciennes scènes, dans du vécu usé jusqu’à la corde. Mais ne sommes-nous pas contraints de nous démoder sans cesse pour simplement exister ? »

Michel Chaillou, Éloge du démodé, Éditions de la différence, 2012, p 25
Pierre Bergounioux

« On a buté sur des pentes, cherché le passage dans des encaissements, franchi des ponts sur l’eau coureuse, passé dans l’ombre, croisé des hêtres, deviné, de quelques crête, avant de retomber, l’épais sourcil des sapins sur l’horizon. Puis la route sinueuse, penchée, s’est redressée. C’est la même heure et la même saison. Et pourtant, les dispositions riantes nées, l’instant d’avant, des blanches esplanades, des verges ployants, des moissons, ont pris un caractère inconvenant. Tout dément l’heure gaie à laquelle on s’abandonnait »

Pierre Bergounioux, Un peu de bleu dans le paysage, Verdier, 2001, pp 67-68
Létrade, commune de Mérinchal

« Comme on perd un objet, se perdre, c’est être privé de son propre, s’absenter, non pas des autres qui vous entourent, mais de soi. Ne plus être présent à soi-même. Et perdre son chemin, être dévoyé, c’est se perdre en chemin, errer donc, s’égarer, sentir ses propres repères spatio-temporels disparaître. Perte des sens, perte du sens. L’étendue, le sol, traces et signes soudain font défaut mais quand, de surcroît, le ciel s’en mêle, brouillant la vue, avec la neige et le brouillard… »

Martin de la Soudière, Poétique du village, Stock, 2010, p 85-86