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Chroniques d’un paysage ferroviaire (2005-2020)… Entre Auvergne et Limousin

Spectacle de l’aube

Gorges du Chavanon, février 2005 – Atmosphère silencieuse à bord de l’autorail. Les grandes vitres se transforment en écran de cinéma. Il n’y a plus qu’à se laisser bercer par le spectacle de l’aube. Je regarde inlassablement, aimanté, la lente séquence qui se joue sous mes yeux, pour moi seul. Je partage l’intimité de la rivière qui prend parfois des allures de rapide. Je navigue quelque part entre l’Amazonie et les Rocheuses. Le paysage me glisse dans un état de rêverie d’où il devient difficile, pénible, de s’extraire. Les grandes villes sont soudain si lointaines ; j’ai quitté ce monde et je sais qu’il me sera difficile de reprendre pied dans la plaine.

Premier train

Gorges du Chavanon, février 2005Premier train du matin. Le convoi glisse comme par magie sur la plateforme effacée. Les barrières de passage au niveau s’abaissent sur des chemins d’où rien ne semble pouvoir venir. Les hommes du chemin de fer dégagent les premiers aiguillages en gare de Laqueuille. C’est un monde à demi-réel, fugace et fragile. Les rêves s’arrêtent toujours trop vite. Les ronces et pousses de sapins ont depuis remplacé l’image du paradis blanc.

Parsac-Gouzon

C’est un décor « fin de siècle », tout droit sorti des années 1980 – 1990. Le « chef de gare » pourrait retourner dans son bureau, refleurir les parterres, accueillir les voyageurs revenus dans la cour. La scène serait facile à jouer, prête pour un film. Il y a la vieille enseigne « SNCF », il y a les arbustes, le poste mécanique pour actionner les aiguillages, il y a l’abri « moderne », l’ancien potager longeant le premier quai, la maison du passage à niveau avec son puits, il y a l’hôtel-restaurant de la gare, l’emprise industrielle et ses silos. La vie pourrait reprendre, si nous n’avions pas changé de monde.

Evaux-les-Bains

Loin du parc thermal rénové, la gare s’est endormie au bout de sa longue avenue bordée de tilleuls. 11 ans après le passage du dernier train, la végétation poursuit son lent travail de recouvrement des voies. Sur le second quai, l’abri disparait dans l’alignement des grands marronniers. L’horizon se ferme. A côté du bâtiment des voyageurs, le parc offre encore ses bancs à l’ombre de cèdres et cyprès aux branches fragiles. C’est un paysage qui attend son heure.