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Le sentiment insulaire existe aussi sur Terre, sur les hauts plateaux du massif central…

« Une attraction sans violence, mais difficilement résistible, me ramène d’année en année, encore et encore, vers les hautes surfaces nues – basaltes ou calcaires – du centre et du Sud du massif : l’Aubrac, le Cézallier, les planèzes, les Causses. Tout ce qui subsiste d’intégralement exotique dans le paysage français me semble toujours cantonner là : c’est comme un morceau de continent chauve et brusquement exondé qui ferait surface au-dessus des sempiternelles campagnes bocagères qui sont la banalité de notre terroir. Tonsures sacramentelles, austères, dans notre chevelu arborescent si continu, images d’un dépouillement presque spiritualisé du paysage, qui mêle indissolublement, à l’usage du promeneur, sentiment d’altitude et sentiment d’élévation »

Julien Gracq, Carnets du grand chemin (1957), José Corti, 1992, p98

« Le besoin d’île témoigne de cette volonté de projeter sur des lieux particuliers des aspirations existentielles, ici celle de la fuite du quotidien, lorsque celui-ci est perçu comme une prison, une entrave au rêve de liberté […] Sachant qu’une « île » peut être un village, une forêt, une rue, le sommet d’une montagne, un pays imaginaire, quelle est celle dont vous vous êtes appropriés ? Quelle est votre « île », votre terre promise ?

A-t-elle toujours été la même ? Ou bien en a-t-il émergé d’autres, tout au long de votre vie ?

Partagez-vous votre île avec d’autres, des êtres « élus », qui sont aussi un peu… votre île ? »

Antoine Bailly et Renato Scariatti, Voyage en géographie, Anthropos, 1999, p 71

« Dans les villes, dans les pays habités, on ne parle que de communiquer, de vivre ensemble, de tolérance et de solidarité, c’est épuisant et illusoire. Sur une île, l’homme n’a pas de semblable, mais, face à l’infini du ciel, à l’insondable de l’eau, il se sent empli d’égard et de révérence, frère du caillou et de l’étoile »

Jacqueline Kelen, Inventaire vagabond du bonheur, 2008, p 85
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« Ce dont on te prive, c’est de vents, de pluies, de neiges, de soleils, de montagnes, de fleuves et de forêts, ta patrie. On t’a donné à la place une patrie économique, un monstre qui exige périodiquement le sacrifice des jeunes hommes »

Jean-Giono, Les vraies richesses, (1937), Les cahiers rouges, Grasset, 2018, p 157