Archives pour la catégorie L’ARCHIPEL

Des Cévennes au Cézallier… Les îles du massif central

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« Ce dont on te prive, c’est de vents, de pluies, de neiges, de soleils, de montagnes, de fleuves et de forêts, ta patrie. On t’a donné à la place une patrie économique, un monstre qui exige périodiquement le sacrifice des jeunes hommes »

Jean-Giono, Les vraies richesses, (1937), Les cahiers rouges, Grasset, 2018, p 157

Les rêveries d’une promeneuse ferroviaire

Véronique Béné, artiste illustratrice et carnettiste (entre autres talents…) vient de publier ses « rêveries d’une promeneuse ferroviaire », un carnet de voyage consacré aux paysages ferroviaires de la ligne des Cévennes (Clermont-Ferrand – Alès). L’écrivain – ethnologue Martin de la Soudière (prix Binaros 2019) et moi-même avons écrit les textes de ce beau livre paru aux éditions la Flandonnière, préfacé par Carole Delga, présidente de la Région Occitanie.
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« Quiconque a vécu, pendant longtemps, dans la sueur des midis laborieux et sous les étoiles de la nuit, un hôte des monts et des forêts, un vieux campagnard honnête est, en fin de compte, en étroite communion avec les forces de l’univers et en amitié féconde avec son Dieu tout proche […] Sa religion n’est point fondée sur un choix d’arguments, elle est la poésie de l’expérience humaine, la philosophie de l’histoire de sa vie »

Robert Louis Stevenson, Voyages avec un âne dans les Cévennes, (1879), éd. 10/18, 2003, p 167
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« Souvent, j’ai pensé que j’aurais pu vivre ici, entouré de choses simples, de hauts pâturages où l’air vous offre toutes les chances. Que j’aurais pu apprendre à m’égarer au coin d’un bois sans courir le monde dans l’espoir d’éprouver une totale ivresse »

Joël Vernet, Au bord du monde, Ed. du Laquet, 2001, p 30

« Ce qui est nouveau, c’est que l’agir (qui dépasse les frontières du travail) apparait aujourd’hui comme une valeur supérieure, comme si, faute d’agir, un individu s’exténuait et disparaissait. De ce fait, les rêveurs, ceux qui contemplent ou qui prient, qui aiment silencieusement ou qui se contentent du plaisir d’exister, dérangent et sont stigmatisés. Les penseurs, les idéologues reconnus ont opéré un glissement considérable »

Pierre Sansot, Du bon usage de la lenteur, Payot, 2000, pp 19-20

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« La géographie est au sens premier du terme une écriture de la terre, on ne saurait mieux dire […] Il s’agirait de restituer un monde, de le donner à voir, mais aussi à entendre, écouter, deviner, humer, flairer, sentir, goûter, toucher, embrasser, à pleins bras, de toute sa peau, page à page, pas à pas, comme on marche, et ma place serait là, enfoncée dans le pays et dans la rumination lente du verbe »

Marie-Hélène Lafon, Traversée, Créaphis, 2013, p 35

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« Je désirerais que l’on conserve ou que l’on restaure des espaces d’indétermination où les individus auraient la liberté de demeurer dans un état de vacance ou de poursuivre leur marche »

Pierre Sansot, Du bon usage de la lenteur, Payot & Rivages, 2000, p 158.
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« Je ne sais si, comme le prétend le dicton, la nature abhorre le vide, mais je suis convaincu que l’homme, lui, adore tout ce qui […] l’éloigne, le divertit de son face à face avec sa vacuité interne, sa vacuité d’être, ce vide fondamental, cet espace infrangible, inestimable qui l’habite et le fait tenir. Qui gît et s’étend incommensurablement au fond de lui-même et qu’il n’ose approcher. De peur de choir ou de déchoir. De crainte de lui céder du terrain. C’est sans doute pour cette raison qu’il a déclaré la guerre à la terre, à la mer et au ciel. Et à lui-même. Et qu’il en est ravi »

Patrick Mialon, Désir d’Aubrac, Le temps qu’il fait, 2018, pp 20-21
Pinols, Margeride

« Le ciel est-il gris et bas, les éléments semblent se confondre. Lambeaux de nuages, monticules neigeux, ne se distinguent plus les uns les autres ; on croirait flotter dans l’espace infini ; on n’appartient plus à la terre. […] Et quand à la fin de la course effrénée, on arrive à la base de la montagne, dans les plaines déjà dépourvues de neige ou saupoudrées à peine, quand on respire une autre atmosphère et que l’on voit une nature nouvelle sous un autre climat, on se demande si vraiment on a pas été le jouet d’une hallucination, si l’on a réellement parcouru les neiges profondes, au-dessus de la région des nuées et des orages »

Élisée Reclus, Histoire d’une montagne, (1875), In Folio, 2011, pp 93-94

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« La blancheur est un engourdissement, un laisser tomber né de la difficulté à transformer les choses. Dans cet univers de maîtrise qui s’impose dans l’ambiance de nos sociétés néolibérales, elle est une paradoxale volonté d’impuissance. Cesser de vouloir contrôler son existence et se laisser couler. Elle est une recherche délibérée de la pénurie dans le contexte social de la profusion des objets ; une passion de l’absence dans un univers marqué par une quête effrénée de sensations et d’apparence ; un souci de dépouillement là où l’ambiance sociale est hantée par l’emprise des technologies et l’accumulation des biens ; une volonté d’effacement face à l’obligation de s’individualiser. Paradoxale préférence du moins au détriment du plus. A l’hypervigilance requise pour continuer à exercer son autonomie, il adopte a minima le degré de la conscience. Il ne souhaite plus communiquer ni échanger, ni se projeter dans le temps, ni même participer au présent, il est sans désir, il n’a rien à dire. Il préfère voir le monde d’une autre rive »

David La Breton, Disparaître de soi, une tentation contemporaine, Métailié, 2015, p 19