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Vestiges du « grand passé » et utopies néo-rurales… dans les campagnes limousines et ariégeoises

La baraque

Les chats sommeillant au pied de carcasses ont cette fois-ci quitté les lieux. Les portières commencent à tomber. Personne n’est visiblement revenu dans la maison aujourd’hui ceinturée de ronces. S’agit-il du temps qui fait là seul son œuvre ? Du temps qui fait plier les planchers, entrouvre les portes des armoires bancales, éparpille papiers et vêtements au sol ?

Il y a toujours cette présence, la présence des gens absents. Ce n’est pas du vide, non. Le vide, c’est le néant. Mais ce vide là, dans cette maison oubliée, dans cet alignement de véhicules, est un vide plein, saturé même. Je ne suis pas seul, je ne suis jamais seul dans les maisons en ruine.

Le statut du réel

Je pense chaque fois à Pierre Bergounioux en captant ces scènes des hauteurs corréziennes. Ici plus qu’ailleurs « le grand passé » rôde dans les forêts de douglas, aux abords des gares et des maisons de granite. J’aime (j’ai besoin de) l’idée que subsiste au cœur de nos vies un « quatrième temps », que demeure une géographie où le présent n’a jamais gagné la partie, où le décor prend des allures de science fiction. Le fantastique est là. Non pas un pittoresque pour amuser la galerie, ou pour nourrir une quelconque nostalgie. Mais un fantastique qui interroge le statut même du réel.

Réalité sensible

On peut prétendre ausculter la réalité d’un territoire à partir d’un bureau, en croisant des données statistiques. Je préfère arpenter les routes du pays massatois où une réalité plus sensible et plus palpable se dessine. Des véhicules sommeillent dans les bas-côtés, à l’entrée de chemins plus ou moins oubliés, derrière des rideaux d’arbres. Des carcasses abandonnées, disent tant de ce monde, de qui l’habite et l’a habité.

Roulent-elles encore ?

Je ne les compte plus, je ne les cherche pas. Elles m’attendent dans un virage, près d’un hameau. Roulent-elles encore ou sont-elles définitivement « à quai » ? Leur « statut » n’est pas forcément évident et j’aime à chercher des signes qui diraient leur histoire, qui témoigneraient d’un usage, d’un évènement, d’un changement, d’un départ, d’un potentiel retour.

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« Bientôt, le sureau, le frêne vont attaquer les murs, emporter les gouttières, soulever les chevrons, les résineux disjoindre les volets, pondre leurs œufs dans les chambres où nous avons rêvé, leurs tiges percer les toits. Les temps sont accomplis. La frêle civilisation des clairières s’estompe sans bruit. Ce qui s’apprête, c’est le retour de l’origine, la règne sombre, sans partage, et pour le coup définitif, des grands bois »

Pierre Bergounioux, Un peu de bleu dans le paysage, Verdier, 2001