Archives pour la catégorie ELOGE DES REBORDS

Quais grecs, rivages méditerranéens… Regarder l’ailleurs en restant ici…

« Loin de prendre le train de la modernité, ne convient-il alors, pour mieux parvenir à nos fins, de demeurer sur le quai, le quai de tout d’ailleurs, fi des horaires, mais surtout des correspondances. Ce dernier mot m’a toujours transporté, car de correspondance en correspondance où finirions-nous par débarquer ? »

Michel Chaillou, Éloge du démodé, éditions de la différence, 2012, p 19

Rester à quai

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Juste s’asseoir. Se laisser traverser et emporter par la vie, s’abandonner au ballet sans fin des ferries. Nul besoin de monter à bord. Le voyage est là ; il suffit de rester à quai. Le temps ne passe plus. On peut alors se quitter, se vider de la substance lourde du mental.

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« Aujourd’hui, même les plus éminents analystes ne peuvent rendre à l’homme ce qu’il a perdu. Il devrait y avoir chaque année un congrès rassemblant les médecins à Epidaure. Mais il faudrait d’abord les soigner eux-mêmes ! Et voilà l’endroit ad hoc. Pour commencer, je leur prescrirais un mois de silence total et de relaxation. Je leur ordonnerais de ne plus penser, ni parler, ni élaborer des théories. Je laisserais le soleil, la lumière, la chaleur, le calme leur faire tout le mal possible. J’attendrais que cette étrange solitude commencer à les perturber un peu. Je les sommerais d’écouter les oiseaux, le tintement des clochettes que portent les chèvres, ou le murmure des feuilles. Je les ferais s’asseoir dans le grand théâtre pour méditer – pas sur les maladies et leur prévention, mais sur la santé, qui est la prérogative de tout homme. J’interdirais les cigares, les gros cigares noirs de l’école freudienne et, par-dessus tout, les livres. Je recommanderais que l’on cultive un état de suprême et bienheureuse ignorance. Je donnerais à chacun une petite chaîne de perles, gratis. Et du raisin chauffé au soleil. Puis je ferais venir un berger, qui jouerait quelques notes anatoliennes, à la volée, sur une flûte de fortune… »

Henry Miller, Premiers regards sur la Grèce, (1973), Arléa, 2010, p 27
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Rêver
Sur le bord de la rive
Revenu de partout
Et n’aller nulle part
Être celui qui reste
Au milieu des départs
Et n’attendre personne
De ceux qui arrivent
Rêver
Sur le bord de la rive
Faire le tour de monde
Sans quitter son île
Les mains pleines de vent
Et le corps immobile
Et retenir le temps
Que les autres poursuivent
Rêver
Sur le bord de la rive
Y avoir sa maison
Ses arbres, ses amis
Ne plus être cigale
En ce monde fourmi
Et ne plus gaspiller
Sa peine et sa salive
Rêver
Sur le bord de la rive
Regarder les bateaux
Qui s’en vont quelque part
Être celui qui reste
Au milieu des départs
Parmi tous les vivants
Et les morts qui survivent
Rêver
Georges Moustaki, Rêver, extrait de l’album Méditerranéen, Polygram, 1992