Archives pour la catégorie DE L’AUTRE COTE

Visages et chemins de l’au-delà.

« Je n’ai jamais, au grand jamais, croisé aucun Dieu sur ma route. Par contre, j’ai une passion effrénée pour les Maisons de Dieu, bâties dans mon pays. C’est incroyable le nombre de fois où je m’y réfugie. Un Saint y perdrait la tête. J’y pénètre pour la fraîcheur, la solitude qu’elles me procurent et elles sont belles, taillées dans le granit (…) »

Joël Vernet, Au bord du monde, Ed. du Laquet, 2001, pp 93-94

« J’ai rencontré au cimetière Montparnasse ma femme idéale. Malheureusement elle dort depuis 90 ans sur une tombe inconnue et la pluie a érodé son corps de pierre. Alors je la photographie en toutes saisons, et lui parle lorsque je suis triste, c’est-à-dire souvent (…) »

Jean-Loup Sieff, Etats d’âmes, et ta sœur, éditions Alternatives, 2000
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« Je pense chaque jour à la mort voisine. Ce n’est pas une pensée du futur, c’est une pensée du présent. C’est la pensée la moins morbide qui soit. Cette proximité de vivre avec l’ombre portée de mourir, je peux la résumer en un mot : rire. La vie me bouleverse comme un papier de soie si fin qu’un regard trop pesant suffirait à la déchirer. La vie me comble d’être aussi parfaitement menacée. Le déchirement me donne joie et rire »

Christian Bobin, L’épuisement, le temps qu’il fait, p 80

« On a dépassé depuis longtemps les derniers hameaux, quelques maisons aux toits d’ardoise enfouies dans les sapinières puis les derniers sapins. On s’avance à travers la bruyère et l’ajonc. Il ne s’est jamais rien passé ici. Rien ne se passera jamais. Le ciel est d’un bleu cru, acide. On peut caresser le rude pelage de la planète, son échine de granit. Nul bruit ne trouble le silence. On comprend. C’est dans l’air qu’on respire, la lumière vive, lustrale dont on est baigné. On sait et cela, de surcroît va de soi. Nous avons un court instant à passer. Nous sommes ce fugitif émoi en présence des choses »

Pierre Bergounioux, Un peu de bleu dans le paysage, Verdier, pp 46-47