Tous les articles par Pascal Desmichel

A propos Pascal Desmichel

Maître de conférences en géographie, habilité à diriger des recherches (HDR)

D’Aixe-sur-Vienne à Pagnac

Au passage à niveau d’Aixe-sur-Vienne, il faut repérer la petite route qui s’enfile sur la rive droite, et puis se laisser guider par le rail qui emprunte la vallée. On quitte soudain le flot des véhicules de la RN 21 pour entrer dans l’un des nombreux royaumes du Limousin, un repli frais et boisé où sommeille l’intime, le bucolique, le temps perdu. On y retrouve alors le goût infini de la flânerie, la joie d’être au monde.

La gare de Verneuil-sur-Vienne est encore habitée par un homme qui m’interpelle gentiment et entame la discussion en me voyant déambuler sur le quai de la gare où les trains ne marquent plus l’arrêt. « C’est dommage, oui, me dit-il, que les trains ne s’arrêtent plus. Il y a pourtant 5 autorails qui circulent dans chaque sens jusqu’à Saint-Junien ». Il y a aussi plusieurs trains de marchandises liés à l’activité de la carrière de Pagnac. Quelques kilomètres plus loin, le site industriel apparaît tel un petit miracle ferroviaire avec son embranchement digne d’un décor de modélisme…

[Exposition] « Paysages de mémoire », au centre du patrimoine arménien

Retrouvez 12 de mes photographies au sein de l’exposition collective « Paysages de mémoire » qui se tiendra au Centre du Patrimoine Arménien (le-cpa.com) jusqu’au 6 juin 2021

CommissariatLuba Jurgenson et Philippe Mesnard

[Extrait de présentation] « Cette exposition sonde les espaces naturels qui nous entourent et fait émerger les histoires douloureuses qui les habitent, à partir des traces plus ou moins visibles qui s’y sont disséminées au fil du temps… Les paysages sont dépositaires d’une mémoire. Celle des regards qui s’y sont posés, des pas qui les ont foulés, des gestes de ceux qui les ont façonnés. Celle des événements tragiques qui s’y sont déroulés… Témoin impassible, le paysage n’en garde pas moins les stigmates des violences qu’il abrite. Proposant un dialogue entre le travail de différents photographes, cette exposition explore les labyrinthes, les failles, les « non-dits » du paysage. Elle fait émerger leurs blessures, leur mémoire, telle qu’elle s’est déposée dans les forêts, les fleuves, les pierres, la mer, ou les murs et les pavés des villes »

Artistes et chercheurs invités : Philippe Mesnard, Joséphine Billey, Paule Pointereau, Lucie Poirier, Maryvonne Arnaud, Anaïs Boudot, Marc Sagnol, Johanna Quillet, Pascaline Marre, Pascal Desmichel, Romulus Balazs, Jean-Marc Cerino, Tomasz Kizny, Sergueï Lebedev, Edith Bories, Fabian Heffermehl, Carlo Saletti, Gabriel Raichman, Sergueï Kovaliov, Juan Pablo Sánchez Noli, Patrick Bard, Galia Ackerman, Cécile Massart

En attendant la réouverture des espaces, le CPA propose une immersion dans l’exposition à travers des textes, des vidéos et des podcasts, des auteurs et des chercheurs ont prêté leur voix et leur plume pour vous faire partager une sélection d’œuvres. Le romancier Ahmed Kalouaz a glissé ses mots sur une vingtaine d’entre elles dans le cadre d’une résidence d’écriture. Philippe Mesnard, co-commissaire de l’exposition, s’est livré à une déambulation filmée dans les espaces d’exposition. Des fichiers audios vous guideront dans l’analyse et la compréhension de certaines œuvres.

>>> Paysages de mémoire :: Le Cpa – Valence Romans Agglo (le-cpa.com)

« J’ai toujours eu cette idée qui me restera sans doute toute ma vie, d’emmener une femme désirée, une femme croisée dans la rue, pour la regarder dans une chambre d’hôtel, à la tombée du jour, se confier, écouter, être amoureux »

Raymond Depardon, La solitude heureuse du voyageur, Points, 2006, p 106

« Le besoin d’île témoigne de cette volonté de projeter sur des lieux particuliers des aspirations existentielles, ici celle de la fuite du quotidien, lorsque celui-ci est perçu comme une prison, une entrave au rêve de liberté […] Sachant qu’une « île » peut être un village, une forêt, une rue, le sommet d’une montagne, un pays imaginaire, quelle est celle dont vous vous êtes appropriés ? Quelle est votre « île », votre terre promise ?

A-t-elle toujours été la même ? Ou bien en a-t-il émergé d’autres, tout au long de votre vie ?

Partagez-vous votre île avec d’autres, des êtres « élus », qui sont aussi un peu… votre île ? »

Antoine Bailly et Renato Scariatti, Voyage en géographie, Anthropos, 1999, p 71

A l’orée d’un champ

Je n’ai même plus besoin d’y penser, je me surprends désormais à tourner la tête sans même être conscient que j’amorce la grande descente près de laquelle elle repose. Elle gît ici depuis près de deux ans, je crois, à l’orée d’un champ toujours cultivé. On pourrait même, de loin, penser qu’elle va reprendre du service. Mais il y a des indices : les trainées noires sur la toiture, la couleur délavée de la carrosserie (dont les inscriptions ont fini par tomber). Au pied de l’engin, les genêts viennent discrètement se tapir entre les grilles. Le végétal sait qu’il ne risque désormais plus rien.

« Saviez-vous que les arbres parlent ? ils le font pourtant ! ils se parlent entre eux et ils vous parleront si vous écoutez. L’ennui avec les blancs, c’est qu’ils n’écoutent pas ! ils n’ont jamais écouté les Indiens, aussi je suppose qu’ils n’écouteront pas les autres voix de la nature. Pourtant, les arbres m’ont beaucoup appris : tantôt sur le temps, tantôt sur les animaux, tantôt sur le Grand Esprit »

Tatanga Mani (1871-1967), indien Stoney, appelé encore Walking Buffalo, cité par Jacqueline Kelen dans Inventaire vagabond du bonheur, Albin Michel, 2008, pp 22-23

Super-Bagnères

Deux édifices, deux générations, deux destinées, côte à côte.

Le grand hôtel de l’ancienne compagnie ferroviaire du Midi est devenu un centre de vacances et abrite un petit musée consacré au train à crémaillère qui grimpait jusqu’ici pour accueillir les premières clientèles de sports d’hiver au début du XXème siècle. Son architecture monumentale, intacte, témoigne encore du visage du tourisme aristocratique.

A sa gauche, « l’Aneto » a quelque chose du « Signal » de Soulac-sur-Mer, par sa physionomie typée des années 1960, par son destin aussi, sans doute. Le vent a commencé à prendre ses aises dans les longues travées desservant les studios…

« Dans les villes, dans les pays habités, on ne parle que de communiquer, de vivre ensemble, de tolérance et de solidarité, c’est épuisant et illusoire. Sur une île, l’homme n’a pas de semblable, mais, face à l’infini du ciel, à l’insondable de l’eau, il se sent empli d’égard et de révérence, frère du caillou et de l’étoile »

Jacqueline Kelen, Inventaire vagabond du bonheur, 2008, p 85