Villanúa

A la sortie du bourg, la route s’élève très vite puis s’arrête soudain après un virage en épingle. Des habitués posent leur véhicule ici pour accéder au torrent qui se faufile entre les piles du pont métallique du chemin de fer. Pas de gare en vue pourtant. Il faut poursuivre à pied le chemin caillouteux qui se dirige tout droit en surplomb de la vallée. Bientôt une sente se dessine à gauche. La toiture du bâtiments voyageurs se distingue derrière l’épais rideau de pins. La piste jalonnée de vestiges de poteaux électriques se faufile dans les parfums d’eucalyptus et de chèvrefeuille. Les tapis d’aiguilles rendent le pas souple et léger.

L’improbable “avenue de la gare” débouche au cœur du faisceau de voies. Des arbres ont poussé au travers des rails jusqu’à soulever le ballast, éventrer les traverses. Les lianes de chèvrefeuille rampent sur les quais et recouvrent peu à peu, tel un linceul, l’intégralité de l’emprise délaissée.

Le tonnerre gronde, enfin. Le ciel s’obscurcit sévèrement vers le Nord, là où les grandes barres des sierras marquent la frontière. Va-t-il pleuvoir ? En contrebas, le flot routier poursuit son inlassable mouvement.

La gare de Villanúa paraît tel un balcon oublié ; on y entend la rumeur du monde tout en résidant à l’écart. On entend les autres mais ils ne nous atteignent plus.